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Jaques Belleau est l’actuel président de l’Association des francophones du Nunavut. Il est père de famille, entrepreneur et impliqué dans la communauté francophone depuis de nombreuses années.
C’est un peu le hasard qui m’a amené ici. J’étais à l’époque étudiant à l’école d’architecture à l’université Laval et, lorsque les employés de soutien ont déclenché une grève, j’ai décidé d’abandonner cette session scolaire et de me trouver un emploi. Je suis venu travailler au Nunavut pour une période qui devait durer quatre mois et je ne suis jamais reparti ! Je n’ai pas manqué de travail depuis. Au début, j’ai été engagé par une compagnie de construction jusqu’à ce que, deux ans plus tard, je démarre ma propre entreprise dans ce domaine. Aujourd’hui, je possède une quincaillerie où l’on vend des matériaux de rénovation et construction.
Je m’implique pour l’AFN depuis le tout début. L’organisme était au départ un club social. Nous désirions améliorer le quotidien des francophones du Nunavut en organisant des soirées et des fêtes. Nous louions la plupart du temps une salle au Frobisher Inn où nous nous rassemblions pour des soirées cinéma, des soupers d’huîtres, des épluchettes de blé d’inde, etc. Il arrivait que nous fassions venir à Iqaluit des artistes du Québec. Suite à cela il y a eu, au cœur de l’organisme, un mouvement militant et les francophones ont revendiqué pour l’obtention de services dans leur langue. Au fil des années et à force de travail l’AFN a prospéré pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.
Je dois gérer des projets et rendre des comptes au gouvernement du Nunavut et au gouvernement fédéral. Je dois faire du démarchage pour obtenir du financement et administrer les contributions des gouvernements qui sont de plus en plus considérables. Je dois aussi représenter l’AFN et militer pour la cause de l’épanouissement du français au Nunavut.
L’AFN a contribué au rayonnement du français au Nunavut et, en tant qu’organisme de pression, a permis aux francophones de s’affirmer à travers des institutions obtenues à force de travail et de persévérance. Pensons, par exemple, à la mise sur pied du centre communautaire, de l’école francophone, de la garderie francophone, au Nunavoix, au Toit du monde et à la radio communautaire.
On peut être fier du chemin qui a été fait même si la bataille n’est pas gagnée. Dans un monde idéal il est certain que nous aimerions avoir plus de services dans notre langue mais je crois aussi qu’il faut tempérer nos revendications afin de maintenir ou d’acquérir une harmonie avec les Inuits qui ont eux aussi des revendications concernant la reconnaissance de leur langue.
Il est évident que c’est un avantage de parler plus d’une langue ; cela permet à mes enfants d’être plus flexible et les amène à côtoyer un plus grand nombre de gens. C’est une richesse fantastique que de posséder plus d’une langue et de pouvoir grandir à travers différentes cultures. Je crois que l’ouverture sur le monde dont mes enfants font preuve est étroitement liée à leur éducation.
J’ajouterais que si les trois communautés du Nunavut ont chacune des particularités qui leur sont propres, il n’en demeure pas moins qu’elles sont unies par le fait qu’elles se définissent toutes par l’expérience du Grand Nord.
Nous tenions à ce que nos enfants apprennent le français. Lorsque les enfants ont grandi, le système d’éducation en français était plus que précaire. Au début, mes enfants ne recevaient qu’une heure d’enseignement en français par jour. D’une année à l’autre nous ne savions pas si le peu d’éducation en français que recevaient nos filles allait être maintenu. Lorsque les enfants ont eu l’âge de fréquenter l’école secondaire, nous avons fait le choix difficile de les envoyer étudier au Québec puisqu’au Nunavut l’enseignement secondaire se faisait entièrement en anglais. Nous voulions en même temps que nos enfants expérimentent autre chose que le Nord.
Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.
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